L’Australie impose la transparence des voix artificielles à l’antenne.

L’Australian Communications and Media Authority vient d’introduire une obligation de transparence sur l’utilisation des voix synthétiques dans les programmes radio. Quels sont les contours de cette décision ? Et comment se positionnent les autres régulateurs dans le monde ? On fait le point.

Australie : première mondiale pour les radios commerciales

À partir du 1er juillet 2026, les radios commerciales australiennes devront informer explicitement leurs auditeurs lorsqu’une voix IA anime une émission ou lit un bulletin d’informations régulière. C’est la première fois qu’un code de radiodiffusion aborde spécifiquement l’utilisation de l’intelligence artificielle dans un cadre réglementaire de ce type. (acma.gov.au)

Selon Nerida O’Loughlin, présidente de l’ACMA :

« Les règles doivent suivre le rythme de la technologie et des attentes du public… les auditeurs veulent plus de transparence sur l’usage de l’IA. » 

Outre cette obligation de divulgation, le nouveau Commercial Radio Code of Practice 2026 renforce également les dispositions sur la programmation adaptée aux enfants (8–9 h et 15–16 h) et la transparence des corrections d’erreurs d’information.

Des approches variées à l’international

 

Europe : un cadre global orienté transparence

L’Union européenne a adopté le Règlement sur l’IA (AI Act), entré en vigueur en août 2024, introduisant des obligations de transparence généralisées pour les systèmes d’IA, y compris la diffusion de contenus synthétiques. Selon l’article 50 du texte, toute interaction avec un système d’IA doit être clairement identifiable pour l’utilisateur, et les contenus générés doivent être marqués comme tels, même audio.

De plus, la Commission européenne a lancé fin 2025 un code de bonnes pratiques pour assurer le marquage des contenus IA – y compris vocaux – répondant à ces exigences de transparence. Ce cadre européen ne se limite pas à un secteur médiatique comme la radio mais vise toute communication IA-générée susceptible d’être perçue comme « réelle », afin d’atténuer désinformation, fraude et confusion.

Royaume-Uni : vigilance sous le code de diffusion

Au Royaume-Uni, l’Ofcom a émis des orientations aux diffuseurs sur l’utilisation de médias générés par IA, y compris audio et voix synthétiques, soulignant que les règles existantes (sur les contenus trompeurs, la précision des informations et le respect de la vie privée) s’appliquent également aux contenus synthétiques. Cela n’implique pas une obligation de divulgation explicite dans tous les cas, mais une exigence de conformité à des principes de diffusion responsables.

États-Unis : patchwork et premières législations étatiques

Aux États-Unis, il n’existe pas encore de réglementation fédérale unique imposant la divulgation de voix IA à la radio. Mais certains États, comme le Tennessee, ont voté des lois (loi ELVIS pour Ensuring the Longevity of Vocalists through Identification of Signatures) qui protègent les voix réelles contre l’usage non autorisé de leurs répliques générées par IA. Ce contexte révèle une approche sectorielle et fragmentée au niveau fédéral, avec des initiatives étatiques ciblant davantage la propriété de la voix humaine que les obligations de transparence des contenus IA diffusés.

En France :prudence et cadres transversaux

En France, aucune obligation spécifique de divulgation des voix IA en radio n’a été adoptée à ce jour. Le régulateur Arcom suit activement les évolutions européennes et participe aux travaux de coordination des normes médiatiques, mais ne dispose pas encore d’une règle nationale dédiée aux voix synthétiques en diffusion. Sur le plan juridique général, l’utilisation de l’IA vocale est déjà encadrée par des règles existantes de droit d’auteur, de droit à l’image et de données personnelles (article 9 du Code civil). Certaines voix IA utilisées dans des contextes éditoriaux nécessitent le consentement préalable des personnes réelles concernées, au-delà de simples obligations de transparence. A lire le point juridique dressé par BOLD notamment au regard du RGPD.

Les implications pour la radio

La décision australienne ouvre une nouvelle ère de responsabilité médiatique autour de l’IA, en faisant de la transparence non seulement une bonne pratique mais une obligation réglementaire. Pour les radios francophones qui explorent l’usage des voix IA (news, bulletins, promo ou contenus automatiques), cela signifie :

  • Anticiper la traçabilité et l’étiquetage clair de toute voix synthétique utilisée.
  • Veiller à l’équilibre entre innovation, éthique et confiance des auditeurs.
  • Suivre de près la transposition pratique des obligations européennes (AI Act) qui pourraient devenir normatives pour la radio à l’avenir.
La transparence devient un atout commercial autant qu’un impératif légal, et les plates-formes comme les diffuseurs devront architecturer leurs usages IA sous le signe de la confiance.

 

Jean-François Duplaix

Mediatic Conseils

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