Selon Médiamétrie, sur les usages numériques des adolescents, les réseaux sociaux occupent aujourd’hui 63% de leur temps de surf (et on ne parle pas du sport de plage) dans la vie des 11-14 ans, soit 1h47 par jour en moyenne. Qu’est-ce qui va remplacer ce temps d’écran ?
Le temps d’attention ne va pas disparaître
Les moins de 15 ans utilisent les réseaux sociaux pour discuter, regarder des vidéos, suivre des créateurs, écouter de la musique ou simplement passer le temps. La nouvelle loi ne fera pas disparaître ces besoins.
Le temps libéré ne sera donc pas automatiquement consacré au sport, à la lecture ou aux devoirs. Une grande partie restera probablement numérique, mais se répartira entre plusieurs univers : messageries, vidéos, jeux en ligne, plateformes communautaires et outils d’intelligence artificielle. Vers quoi nos ados vont-ils déplacer leur attention ?
Les messageries et les jeux devraient en profiter
La conversation avec les amis restera un usage essentiel. Les messageries instantanées pourraient donc récupérer une partie des échanges réalisés aujourd’hui sur Snapchat ou Instagram.
Les jeux vidéo devraient également renforcer leur rôle social. Roblox, Fortnite ou Minecraft permettent déjà de retrouver ses amis, de discuter, de créer et de participer à des événements. Pour de nombreux adolescents, ces plateformes sont autant des lieux de rencontre que des jeux.
Cette évolution compliquera l’application de la loi. La frontière entre un réseau social, une messagerie, un jeu et une plateforme communautaire n’est pas toujours bien claire.
La vidéo restera incontournable
Les formats courts ont profondément installé une consommation rapide, personnalisée et continue. Même privés de TikTok ou d’Insta, les jeunes continueront à rechercher des vidéos musicales, humoristiques, sportives ou éducatives.
YouTube occupe ici une position particulière. Selon les futurs textes d’application, certaines fonctions pourraient rester accessibles sans compte, tandis que la publication, les commentaires ou la personnalisation pourraient être davantage encadrés.
Les plateformes chercheront probablement à développer des versions spécifiques pour les mineurs : comptes privés par défaut, contenus sélectionnés, fonctionnalités sociales limitées et contrôle parental renforcé.
Le risque est donc que l’attention change simplement de destination en adaptant simplement les mécanismes de captation.
L’intelligence artificielle pourrait gagner du terrain
Les assistants d’IA deviennent eux aussi des outils du quotidien. Les jeunes les utilisent pour rechercher une information, résumer un cours, produire une image ou simplement converser pour rompre la solitude ou obtenir des conseils.
Cette progression pourrait s’accélérer si l’accès aux réseaux sociaux devient plus difficile. Ce qui soulève de nouvelles questions : protection des données, fiabilité des réponses, adaptation des contenus à l’âge, risque de dépendance à des interlocuteurs artificiels, substitution d’autorité…
La régulation d’un univers numérique ne fait que déplacer les usages vers un autre, encore moins encadré.
Les plateformes vont s’adapter
Les réseaux sociaux ne vont pas renoncer facilement à leurs jeunes publics. Ils pourront proposer des accès sans compte, des versions pour mineurs ou des environnements plus fermés.
Ils vont tenter de conserver une relation indirecte par les créateurs, les événements, les médias ou les contenus accessibles depuis un navigateur par exemple.
L’expérience australienne montre d’ailleurs qu’une interdiction ne suffit pas à modifier les comportements. Les plus jeunes savent s’adapter et trouver rapidement les moyens de contournement comme créer de nouveaux comptes, déclarer un faux âge ou se tourner vers d’autres applications. L’efficacité du dispositif dépendra donc de la qualité réelle de la vérification de l’âge.
Article 1: Moins de 15 ans et réseaux sociaux : ce qui va vraiment changer en septembre 2026?
Une place de confiance à prendre dans la nouvelle bataille de l’attention
La loi peut redonner de la valeur aux médias accessibles sans compte et consommés dans un cadre plus collectif : télévision, radio, presse, sorties culturelles ou événements locaux. Pour peu qu’ils offrent un accès facile et attractif depuis un smartphone.
Mais le temps abandonné par TikTok ou Instagram ne reviendra pas automatiquement à l’audio ou à la radio. Pour capter une partie de cette attention, les stations et services audio devront proposer des contenus réellement adaptés à cette tranche d’âge: chroniques courtes, jeux, événements, formats audio à la demande, influenceurs locaux, accès exclusifs pour des fans à des artistes…
L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ne créera pas une génération sans écrans. Elle provoquera surtout une redistribution des usages. Les radios locales ont donc une carte à jouer, à condition de ne pas attendre que l’attention revienne toute seule. Il va falloir aller la capter.
À lire ensuite :
Article 3 – Radios locales : quelle carte jouer face aux nouvelles règles des réseaux sociaux
Jef Duplaix
Mediatic Conseils
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