À 1 211 mètres d’altitude, tout au nord de l’Aude, le Pic de Nore est le point culminant de la Montagne Noire. Depuis plus de soixante ans, son émetteur porte au loin les programmes de radio et de télévision. Un site exceptionnel, soumis au froid, au givre etsurtout à des vents qui, un soir de décembre 1976, eurent raison de son pylône.
Une étrange silhouette rouge et blanche posée au sommet de la Montagne Noire. Une sorte de fusée plantée à 1 211 mètres d’altitude, au-dessus des forêts et des villages. Nous sommes dans l’Aude ( il faut le préciser car le Pic de Nore est souvent associé à Mazamet, toute proche, et donc au Tarn), sur la commune de Pradelles-Cabardès. Il constitue même le point culminant du département.
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D’ici, le regard porte loin. Vers le sud, le sillon audois, les Corbières, les Pyrénées et, lorsque le ciel le permet, le Canigou. Vers l’est, la baie de Narbonne et la Méditerranée. Au nord, Mazamet et le Tarn. À l’ouest, la plaine toulousaine. Un incroyable balcon ! Et, pour des ingénieurs chargés de faire voyager les ondes, une évidence.
Il faut apporter la télévision
À la fin des années 1950, la télévision française poursuit sa conquête du territoire. Mais dans le Sud, le relief complique sérieusement l’exercice. Les Pyrénées, les Corbières, la Montagne Noire : autant de murailles dressées entre les grands émetteurs et les antennes qui commencent à fleurir sur les toits. En 1958, décision est prise de construire un nouveau centre émetteur dans la région de Carcassonne. Le Pic de Nore s’impose. L’endroit n’est d’ailleurs pas tout à fait vierge : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Armée de l’air y exploite une station de radiogoniométrie. Elle quittera les lieux quelque temps après l’arrivée de la télévision.
Durant l’hiver 1960-1961, la montagne donne déjà un avertissement : le mauvais temps endommage le chantier. Il faut consolider. En octobre 1961, le Pic de Nore entre dans l’histoire de la radio et de la télévision. Un émetteur de 10 kW destiné à la première chaîne est mis en service. Le signal arrive par faisceau hertzien depuis le centre de Pechbonnieu, près de Toulouse, avant d’être diffusé depuis un pylône métallique de 67 mètres. La radio ne tarde pas à suivre. Le Pic de Nore devient peu à peu l’un des grands points hauts des ondes dans le Midi.
La nuit où le pylône tombe
L’hiver, la température peut descendre autour de -20 °C. Le givre recouvre les installations. La neige coupe la route. Les techniciens doivent parfois gagner le sommet en chenillette. Et puis il y a le vent. Un vent qui peut devenir terrible sur cette montagne, à la rencontre des influences atlantiques et méditerranéennes. En décembre 1976, il va montrer de quoi il est capable. Les rafales atteignent 200 km/h. Le pylône métallique résiste. Puis il cède. Le grand mât s’effondre. Et, brutalement, les programmes se taisent. Il faut reconstruire.
Une tour pour défier le vent
À la place du pylône métallique s’élève alors une imposante structure autoportante en béton, construite à l’aide de coffrages glissants et surmontée d’une partie métallique portant les antennes. L’ensemble atteint 102 mètres. C’est cette tour rouge et blanche que l’on aperçoit aujourd’hui à des dizaines de kilomètres, devenue au fil du temps un véritable repère dans le paysage de la Montagne Noire. Elle est conçue pour résister à des vents de l’ordre de 200 km/h.
Un poid lourd de la FM…
Aujourd’hui encore, le site reste un poids lourd de la FM. France Inter, France Musique, France Culture, Sud Radio… La station née en Andorre a longtemps construit sa couverture française autour de puissants points hauts capables de porter son programme bien au-delà d’une seule agglomération. À 1 211 mètres, dominant une grande partie de l’Aude et ouvert vers les plaines environnantes, le Pic de Nore avait tout du site idéal.
Plus de soixante ans après les premières mires de télévision, l’émetteur continue donc de faire son travail. La télévision analogique a disparu. Les technologies changent. Les émetteurs aussi. Mais pas la géographie. Et finalement, toute l’histoire de ce site tient peut-être dans cette évidence : pour envoyer loin des images et du son, il fallait monter le plus haut possible.
On a donc choisi le toit de l’Aude.

Le Pic de Nore se mérite aussi à pied.
Depuis Pradelles-Cabardès, une belle randonnée d’une dizaine de kilomètres permet de rejoindre le sommet en traversant forêts de hêtres et landes de la Montagne Noire. Comptez un peu plus de quatre heures pour la boucle et environ 500 mètres de dénivelé. Là-haut, deux tables d’orientation permettent de profiter du panorama à 360°. Et, sur le chemin du retour, on peut même découvrir menhirs et anciennes glacières de Pradelles. À faire de préférence par beau temps : à Nore, le brouillard et le froid savent parfois gâcher le spectacle.
Sylvain Athiel, l’auteur de cet article pour Radiopub.fr a consacré sa carrière à la radio, notamment à Radio France et RTL, avant de diriger Sud Radio puis l’agence de presse audio A2PRL. Aujourd’hui président de l’École de Journalisme de Toulouse (EJT), il est l’auteur de L’Histoire secrète des grandes radios pyrénéennes (Privat, 2026), qui dévoile avec passion les aventures incroyables de Radio Toulouse, Radio Andorre et Sud Radio.

Crédits photos :
Titre : Thomas Simonin
Article : Google Earth et Decathlon Outdoor