À Bruxelles, New York et Berlin, trois radios indépendantes ont choisi des lieux ouverts au public pour diffuser leurs programmes. Un kiosque dans un parc, un conteneur sur un terrain vague, un café culturel : trois façons de faire vivre la radio et de financer son fonctionnement autrement.
1. Kiosk Radio : un studio, un bar et tout un parc !
Au cœur du Parc Royal de Bruxelles, une petite construction en bois est devenue un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musiques alternatives. Depuis 2017, Kiosk Radio diffuse huit à neuf heures de direct quotidien depuis son kiosque transformé en studio vitré. Les visiteurs du parc peuvent observer les DJ, découvrir des artistes et prendre un verre à quelques mètres des platines. Une radio à écouter sur internet, mais aussi à rencontrer… physiquement !
« La musique est un prétexte. Au fond, les gens ont surtout besoin de se rencontrer. » Jim Becker cofondateur de Kiosk Radio.

L’idée est née d’une envie : proposer de la musique en dehors des clubs et de leurs horaires nocturnes. La station qui diffuse 24/24 accueille des artistes belges et internationaux et organise des événements qui prolongent sa présence au-delà du parc. Kiosk Radio s’est notamment associée au festival Horst et au centre culturel KANAL – Centre Pompidou.
Son originalité est aussi économique. Le petit bar installé à côté du studio vend cafés, bières locales et boissons. Les recettes du bar contribuent directement au financement d’une radio, qui reste libre de ses choix éditoriaux. Une belle démonstration. En devenant un lieu de convivialité, la radio crée une activité économique complémentaire tout en renforçant son identité.
Aux manettes : Jim Becker, cofondateur de Kiosk Radio, et une petite équipe de permanents épaulée par des bénévoles.
À écouter : Kiosk Radio, en direct depuis le Parc Royal de Bruxelles.
2. The Lot Radio : de la musique et du café dans un conteneur !
À Brooklyn, dans le quartier de Greenpoint, François Vaxelaire a installé une radio sur un terrain abandonné depuis plus de quarante ans. Ce Belge expatrié à New York a transformé un conteneur maritime en studio et créé The Lot Radio, une station musicale indépendante diffusant jour et nuit. Le décor est rudimentaire, mais le concept fonctionne : des DJ aux platines, des auditeurs qui passent et un espace de rencontre au milieu du quartier. François Vaxelaire résume sa double ambition de réunir une audience et de fabriquer un lieu de vie.
« Nous essayons vraiment de créer un pont entre le monde en ligne et le monde réel. » – François Vaxelaire à l’origine de The Lot Radio

La station accueille aujourd’hui plus de 200 DJ résidents new-yorkais, auxquels s’ajoutent de nombreux invités. La programmation couvre une multitude de genres, avec une grande liberté accordée aux artistes. Le public peut écouter les émissions The Lot Radio en ligne, mais aussi venir sur place, commander un café, partager un verre ou simplement découvrir la musique du moment. La moitié du conteneur est occupée par le studio, l’autre moitié sert de point de restauration.
La vente de boissons et de produits dérivés constituent des ressources qui complètent là aussi, les dons à l’association à but non lucratif qui porte le projet. Le modèle a pourtant connu une sérieuse alerte. En octobre 2024, les autorités new-yorkaises ont ordonné la fermeture du café pour des problèmes de conformité sanitaire et administrative. Privée de cette précieuse source de revenus, The Lot Radio a continué à émettre, mais sa survie financière s’est trouvée menacée. Après près de neuf mois de démarches et de mise en conformité, le café a finalement rouvert le 11 juillet 2025. Une mésaventure qui rappelle combien l’activité de restauration est devenue essentielle à l’équilibre économique de cette radio pas comme les autres.
Aux manettes : François Vaxelaire, fondateur de The Lot Radio.
À écouter : The Lot Radio, depuis Greenpoint à Brooklyn.
3. Refuge Worldwide : une radio qui ouvre ses portes… et son financement !
À Berlin, dans le quartier de Neukölln, Refuge Worldwide a fait de son studio un véritable espace culturel. Lancée en 2021 à partir d’une initiative solidaire créée en 2015, cette radio indépendante propose en plus de la musique, des formations, des ateliers, des rencontres et des événements. Depuis octobre 2025, ses activités sont regroupées au 1, Niemetzstraße, dans un lieu ouvert au public réunissant studio, café et espace polyvalent.

On peut y écouter une émission, apprendre à mixer, participer à une projection ou rencontrer des artistes. Le café a officiellement ouvert sa saison 2026 en janvier. Quant aux activités pédagogiques, elles ont pris une nouvelle dimension avec la création, en juin, de la structure associative Unity In The Community, chargée de développer les actions éducatives et de faciliter leur financement. En plus des produits dérivés classiques (textile, mugs…) que l’on trouve sur la page « store » de son site, les plus audacieux pourront réserver leur flacon de sauce HOT MIC, une sauce pimentée nigériane à récupérer sur place pour agrémenter les apéros au bar ou à la maison.
De bonnes idées, mais un modèle qui reste toutefois fragile. Confrontée à la hausse de ses coûts, Refuge Worldwide avait lancé une collecte de fonds en 2025. Le 21 octobre 2026, elle a franchi une nouvelle étape avec une application mobile et une formule de soutien à 5 € par mois. En contrepartie, les membres bénéficient notamment de rencontres réservées, de réductions sur les produits de la station et d’avantages auprès de partenaires.
« Un bar ou un café peut générer des revenus que l’on utilise ensuite pour proposer d’autres services aux habitants du quartier ou aux résidents de la radio. » – Georges Patrick cofondateur Refuge Worlwide.
Pour George Patrick, cofondateur de Refuge Worldwide, le lieu physique joue aussi un rôle économique. Il reconnaît toutefois que gérer simultanément une radio indépendante et un lieu ouvert au public n’est pas simple. C’est aussi pour disposer de davantage d’espace que le projet a quitté son ancien bar Oona pour s’installer Niemetzstraße.
La radio combine ainsi contributions des auditeurs, collaborations avec des marques, événements et recherche de financements associatifs. En septembre dernier, elle s’est notamment associée à la marque de chaussures de running HOKA pour cinq jours de radio et d’animations autour du marathon de Berlin. Une manière de développer des partenariats sans renoncer à sa vocation culturelle.
Aux manettes : George Patrick, cofondateur de Refuge Worldwide, Richard Akingbehin, cofondateur et responsable historique de la programmation, et Leona Ojake, directrice des programmes éducatifs d’Unity In The Community.
À écouter : Refuge Worldwide, depuis Berlin.
3 radios qui font la démonstration qu’un studio est bien plus qu’un lieu de production et qu’une radio sait aussi prendre sa place au coin de la rue.
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