Comme chaque année en juin, les Assises de la Radio ont pris le pouls du média. Pendant que les plateformes avance, la radio continue de discuter de son avenir. Entre recettes publicitaires sous pression, DAB+ en quête d’adoption et bataille contre les plateformes, cette édition 2026 a livré plusieurs phrases fortes qui résument les défis des radios locales. Morceaux choisis.
La radio reste le média qui fonctionne quand tout le reste tombe
Un des moments marquants de cette matinée du mardi 2 juin 20226 est la prise de parole du Secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale, Nicolas Roche.
« Dans les premières 24 à 48 heures d’une crise, nous aurons besoin de la radio. »
Black-out en Espagne, tempête Alex, guerre en Ukraine, cyberattaques : à chaque fois, lorsque les réseaux saturent ou disparaissent, la radio reste debout. On parle souvent d’audience, de parts de marché ou de recettes publicitaires. Pourtant, les Assises ont rappelé une évidence que le secteur oublie parfois de valoriser : la radio est aussi une infrastructure de résilience nationale. Aucun réseau social n’a encore informé une population privée d’électricité. Aucun algorithme n’a remplacé un flash local en situation d’urgence. À l’heure où les marques cherchent des environnements fiables et crédibles, la radio dispose là d’un avantage concurrentiel unique.
Le vrai problème de la radio n’est pas son audience
L’Arcom et son président Martin Ajdari sont dans leur rôle en rappelant les faits et les points de douleur du media.
« La radio aura perdu un tiers de ses recettes publicitaires alors que le marché a crû de 60 %. »
Le paradoxe est saisissant. La radio rassemble toujours 38 millions d’auditeurs chaque jour. Elle demeure le média auquel les Français accordent le plus de confiance. Pourtant, la valeur publicitaire continue de se déplacer vers les plateformes.
Julie Rouault, du département Contenu et Concurrence a également rappelé une autre réalité souvent ignorée.
« La masse salariale représente 68 % du coût de production de l’information à la radio. »
Derrière chaque journal local, chaque matinale ou chaque reportage, il y a des équipes, des journalistes et un véritable investissement éditorial. L’IA offre la tentation de réduire cette masse. Mais attention à conserver la qualité de l’environnement dans lequel le programme et les messages publicitaires sont diffusés. L’incarnation sont les garanties de la proximité, de la confiance et de la crédibilité de la radio. Ce sont des aussi ses arguments de vente. Et ces arguments comptent au moins autant que l’audience elle-même, surtout sur le marché local.
Le DAB+ avance plus vite que son adoption
Sur le papier, les chiffres sont impressionnants. Près de 80 % de la population est désormais couverte par le DAB+. Mais dans les faits le secteur commence à s’impatienter comme le rappelle Romain Laleix.
« Nous avons le sentiment d’être un peu au milieu du gué. »
Les radios ont investi et leurs coûts de diffusion augmentent. Mais voilà, la notoriété du DAB+ progresse trop lentement et les usages ne suivent pas au rythme espéré. Constance Benqué, présidente de l’Alliance de la Radio, l’a rappelé, certaines radios privées investissent désormais plusieurs centaines de milliers d’euros supplémentaires chaque année pour accompagner cette transition.
Le sujet n’est plus technique, il est économique. Pour les radios locales, qui ont bien compris les enjeux du DAB+, l’équation commerciale est encore à résoudre, pour valoriser et rentabiliser ce supplément d’offre, de couverture, de données.
La bataille décisive se joue désormais à Bruxelles
Longtemps, les radios ont regardé l’Europe comme un sujet lointain. Les Assises 2026 ont montré exactement l’inverse et soulever des questions glaçantes.
« Désormais, en Europe, sont immatriculés quotidiennement des véhicules qui n’ont pas de récepteur radio. » Sibyle Veil, présidente de Radio France
Derrière les débats sur la directive SMA ou le Digital Networks Act se pose une question simple : la radio sera-t-elle encore visible demain ? Cette inquiétude est présente à l’échelle européenne d’une industrie qui joue son avenir au rythme (trop lent) de sa transformation.
« Tout le monde doit bénéficier d’un accès universel et gratuit. » Philip Pilcher, Association Européenne des Radios
Derrière cette question se cache un enjeu de souveraineté. Qui contrôlera demain l’accès à l’information ? Les médias ou les plateformes ?
« Pourquoi n’y a-t-il pas aujourd’hui une Voice of Europe ? » Bernard Guetta, député européen
Pour les radios locales, cette bataille paraît lointaine. Elle ne l’est pas. Car si demain les auditeurs ne trouvent plus facilement leur radio dans leur voiture, sur leur enceinte connectée ou sur leur tableau de bord numérique, c’est toute la chaîne économique qui sera fragilisée.
Le principal problème de la radio, c’est sa valeur future.
Au fond, les Assises de la Radio 2026 ont envoyé un message assez simple : la radio n’a plus beaucoup de temps pour hésiter. Depuis plusieurs années, le secteur constate les mêmes phénomènes. Les plateformes captent l’attention. Les recettes publicitaires s’érodent. Les constructeurs automobiles redessinent l’accès aux contenus audio. Les usages se déplacent vers le numérique. Et pourtant, les acteurs radio semblent plus souvent dans la réaction que dans l’anticipation.
Le paradoxe de ces Assises est là. Tous les intervenants rappellent l’utilité sociale, démocratique et même stratégique de la radio. Et pourtant les menaces qui pèsent sur son modèle économique deviennent chaque années plus concrètes.
La bonne nouvelle, c’est qu’il y reste des choses à faire !
- Défendre collectivement l’accès universel à la radio dans les véhicules,
- Accélérer la visibilité du DAB+ auprès du grand public,
- Obtenir enfin la simplification des mentions légales,
- Rééquilibrer les règles du jeu avec les plateformes,
- Démontrer et mesurer l’efficacité de la radio et de l’audio-digital,
- Et surtout, arrêter de considérer la proximité et la confiance comme des acquis. La tentation de l’IA peut mettre en danger ces deux principaux avantages concurrentiels.
La radio continue d’informer, d’accompagner, de rassurer et de créer du lien. Elle reste présente dans les territoires quand beaucoup d’acteurs les ont déjà quitté longtemps. L’excellente réputation du media radio ne suffira pas.
L’enseignement lucide des Assises de la Radio 2026, c’est de ne pas attendre que les décisions viennent de Paris ou de Bruxelles. Le vrai danger est de continuer à commenter les transformations que les plateformes imposent au marché. Elles avancent vite. Les usages évoluent. Les annonceurs arbitrent et leur jugement est faussé. A lire « Radio : mal jugée mais redoutablement rentable ».
Les prochaines gagnantes seront les radios qui sauront transformer leur ancrage local en argument commercial, leur crédibilité en valeur publicitaire, leur audience en influence territoriale. Rendez-vous pour un nouveau point intermédiaire aux Assises de la Radio 2027.
Assises de la Radio 2026 – Arcom, 2 juin 2026.
Jean-François Duplaix
Mediatic Conseils
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