Pourquoi entend-on le Pays basque avant de le voir ? Dominant la côte à seulement quelques kilomètres de l’océan, La Rhune offre une leçon de géographie, de radio… et d’identité culturelle.
Que l’on vienne de Bordeaux ou de Toulouse, que l’on monte au Pays basque ou que l’on descende sur la Côte Basque, la route se fait souvent en voiture. Quand la radio se met à parler une langue différente c’est le signal que la destination approche, que l’on entre sur un nouveau territoire. Et puis plus tard cette montagne basque apparaît, La Rhune ou Larrun, avant de voir enfin le bleu de l’océan.
Quand on arrive par la route, on entend le Pays basque avant de le voir.
Sur la route, les radios françaises font la place progressivement à des radios basques et espagnoles. Ces programmes sont parfaitement audibles sur plusieurs dizaines de kilomètres, parfois au delà de certaines fréquences françaises. L’explication est plus complexe qu’une simple histoire de puissance d’émission. Les fréquences sont coordonnées entre la France et l’Espagne selon des accords internationaux afin d’éviter les brouillages. La couverture dépend ensuite de nombreux paramètres : altitude du site, relief, orientation des antennes, diagrammes de rayonnement ou encore choix techniques des différents diffuseurs. La Rhune, dont le sommet n’est qu’à 9 kilomètres à vol d’oiseau de la baie de Saint-Jean-de-Luz est perchée à 905 mètres. Elle bénéficie tout simplement d’une situation géographique exceptionnelle qui ouvre naturellement les ondes vers le littoral aquitain.

Il faut compter entre quatre et cinq heures pour effectuer l’aller-retour à pied depuis Sare, par exemple et selon l’itinéraire choisi. Une montée régulière, parfois exigeante, mais qui offre un panorama spectaculaire sur le Pays basque. La Rhune est plus qu’une montagne emblématique de ce « pays », elle en est le balcon hertzien français (30 mètres séparent l’émetteur du trait de frontière au sommet).

La Rhune ne diffuse pas les grandes radios espagnoles. Elle leur fait face. Depuis ce sommet posé sur la frontière, les réseaux français et espagnols se regardent d’une montagne à l’autre (Jaizkibel à Fontarrabie) et dessinent ensemble en se superposant habilement un paysage radiophonique unique en Europe.
Mais la véritable richesse de cette montagne ne se mesure pas en kilomètres de couverture. Elle se mesure en culture.
Ici, les radios s’adressent au même peuple en utilisant la même langue : l’euskara. Cette langue, bien plus ancienne que la frontière franco-espagnole, continue de vivre naturellement sur les deux versants des Pyrénées, et des deux rives de la Bidassoa.
À Larrun, la radio rappelle que si les États délimitent des territoires, les cultures, elles, circulent librement.
À l’heure où les plateformes numériques proposent partout les mêmes contenus, la FM et le DAB+ désormais, conservent une qualité devenue rare : raconter les paysages. Au fil de la route, les accents changent, les informations locales évoluent, les publicités parlent d’une autre économie et les voix deviennent le reflet du territoire que l’on traverse.
Écouter une station basque ou espagnole en roulant sur une départementale landaise offre un charme que tous les touristes et non résidents apprécient. Ca fait partie du voyage et donc du paysage. C’est aussi cela, la magie de la radio : elle donne une identité sonore aux lieux.

La Rhune est un trait d’union entre des femmes, des hommes, une langue et un territoire. Les plateformes distribuent des contenus ; les émetteurs, eux, continuent de fabriquer des paysages radiophoniques.
Alors, si vous passez par le Pays basque, laissez, si vous le pouvez, le petit train aux touristes… et prenez le sentier, un jour de marché, depuis Sare le jeudi ou Ascain le samedi, vous y entendrez la même langue, les mêmes accents qu’à la radio. Après quelques heures de marche, un peu de souffle et quelques pauses pour admirer le panorama, vous redescendrez avec les images de ce que vous entendrez dans votre voiture en approche, lors de votre prochaine visite. Vous aurez aussi peut-être la chance d’assister, depuis les gradins d’un fronton à une rencontre de esku-huska ou « main nue » la version la plus ancienne de la pelote basque.
Enfin sur le chemin du retour, laissez votre autoradio vous raconter ce que le GPS ne montre pas encore : il existe des endroits où la radio parle naturellement deux langues.
Photo du titre de damien dufour sur Unsplash
Jef Duplaix
Mediatic Conseils
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