« Du coup », « en fait », « hein » en France. « Tsé », « faque », « là », « pis » au Québec. Des tics à éliminer ou justement ces petits mots qui font qu’une radio ressemble à ses auditeurs ?
Une fois qu’on l’a entendu, c’est foutu. L’auditeur n’entend plus que ça. En France, les messages les « du coup », « voilà » et « en vrai »… ces tics de langage inconscients peuvent devenir « insupportables ». Un auditeur français proposait même une taxe de 10 euros par tic prononcé à l’antenne. Avec « en fait » et « du coup », certaines matinales pourraient donc assez rapidement résorber la dette publique !
Petit glossaire transatlantique parfaitement non scientifique
France :
- du coup = permet de commencer la phrase quand on ne sait pas encore très bien ce qu’on va dire.
- en fait = souvent, il n’y a aucun « fait » derrière.
- voilà = pratique pour conclure, quand on ne sait pas bien comment.
- genre = fabrique une image à encadrer en faisant des guillemets avec les doigts.
- en vrai = ne veut absolument pas dire, que tout le reste est faux (quoique…).
- hein = vérifie que l’auditeur est toujours vivant.
Québec :
- tsé = « tu sais« , mais avec économie de syllabes.
- faque = contraction de « ça fait que« , quelque part entre notre « donc » et notre « du coup« .
- pis = « puis« , connecteur tout-terrain.
- là = peut désigner un endroit, un moment… ou absolument rien.
- gang = équipe, bande, groupe ; surtout beaucoup plus chaleureux que « collègues« .
- c’comme = trampoline approximatif pour rebondir sur une autre idée similaire (ça marche aussi en France).
Pourquoi parler ainsi… « en fait » ? Parce qu' »en vrai » le micro de la radio donne la parole à son époque et à celles et ceux qui ne parlent pas, « genre » comme un dictionnaire. « Voilà ».
Du coup… si tout le monde parle pareil, qu’est-ce qui fait la différence… en vrai ?
Le tic est un mot qu’on répète sans le choisir, parce qu’on l’a « trop » entendu. La personnalité d’une antenne se fait avec ce qu’elle va choisir de conserver et de raconter de son époque et de son environnement. Géraldine Mosna-Savoye évoque même les tics de langage emprunté à un invité, le temps d’une émission.
Un « du coup » toutes les quinze secondes n’est pas différenciant pour une radio. Celle-là fait comme tout le monde.
Le « Salut les Copains », (hit parade culte d’Europe1), devenu « Salut les Ptits Loups » de Jean-Louis Laffont puis « Salut les Ptits Clous » de Marc Toesca; popopopiennes et popopopiens pour le « Popopop » d’Antoine de Caune sont des signatures qui appellent une communauté.
Mais en local, un mot du coin, une expression, une manière particulière de s’adresser à ses auditeurs peut devenir une marque de fabrique locale. À Lille : « Ça drache ou ça tient ? » . À Marseille : « Oh fan ! ». À Toulouse : « Boudu ! » A Bordeaux : « Ça va être gavé bien ! ». Sur ce registre c’est la créativité qui fera la différence en offrant à son audience son meilleur miroir audio.
« Voilà, du coup »… un petit test de rentrée à faire pour un programme radio : enregistrer dix minutes d’antenne, supprimer (mentalement ou réellement) l’habillage, les jingles et écouter. Reconnaît-on encore la radio ? Si toutes les phrases auraient pu être prononcées exactement de la même manière à Lille, Bordeaux, Montréal ou Trois-Rivières, c’est qu’il manque peut-être quelque chose.
Une radio locale n’a pas besoin de parler « radio », elle le fait déjà. Elle doit parler chez elle.
« Faque », « du coup »… vous voyez ce qu’on veut dire, « hein » ?
Jef Duplaix
Mediatic Conseils
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