Nouvelle étape de notre périple pyrénéen. À 1 256 mètres d’altitude, le Pic Néoulous domine à la fois la plaine du Roussillon, la Méditerranée et la Catalogne espagnole. Une situation exceptionnelle qui en a fait l’un des grands sommets de diffusion du Sud de la France. Ici, depuis plus de soixante ans, les images et les voix se moquent des frontières.
Depuis Perpignan, il suffit de regarder vers le sud où se dessine, avant qu’elle ne se jette dans la mer, la longue barrière des Albères. Elle est ponctuée des silhouettes énigmatiques de ses anciennes tours de guet. En son centre, le Pic Néoulous culmine à 1 256 mètres — Puig Neulós en catalan, prononcez approximativement « Poutch Né-oulous ».
Une situation géographique idéale : d’un côté Perpignan, la plaine du Roussillon et la Méditerranée ; de l’autre, l’Empordà, Figueres et la baie de Roses. Et exactement au milieu : la limite franco-espagnole.
Une frontière ? Quelle frontière ?
Du sommet, le panorama est exceptionnel. Pour un randonneur, c’est magnifique. Pour un ingénieur chargé de diffuser de la radio ou de la télévision, c’est encore mieux. Car les ondes n’ont jamais beaucoup respecté les douaniers.
Dès le début des années 60, le Néoulous apparaît comme un emplacement stratégique pour couvrir le Roussillon, mais également pour établir des liaisons vers le sud. L’enjeu dépasse largement le Roussillon : le développement des faisceaux hertziens doit permettre d’acheminer les images de télévision de relais en relais, vers l’Espagne et, au-delà de la Méditerranée, vers l’Algérie.
Quelques années après son installation, le site figure parmi les grands sites français de radio et de TV.
Quand le Roussillon monte au sommet
À l’époque de la télévision analogique, l’enjeu est considérable. Il faut couvrir Perpignan, bien sûr, mais surtout une géographie complexe : une plaine ouverte sur la mer, des vallées, les premiers contreforts pyrénéens et un littoral qui file vers l’Aude. L’altitude fait une bonne partie du travail.
Mais la situation possède une particularité beaucoup plus amusante. Depuis les Albères, les émetteurs français regardent directement… les émetteurs espagnols. Et réciproquement. Pendant des décennies, les habitants des Pyrénées-Orientales ont ainsi pu recevoir radio et télévisions catalanes espagnoles. Aujourd’hui encore, les émissions débordent dans un sens comme dans l’autre. Cette proximité impose quelques précautions techniques. Les longueurs d’onde sont coordonnées internationalement et le rayonnement des antennes peut être volontairement limité dans certaines directions afin d’éviter de brouiller une fréquence utilisée de l’autre côté de la frontière.
Et commercialement, cette géographie est précieuse ! Pour une station FM, diffuser depuis le Néoulous, c’est bénéficier d’un point haut capable de toucher une population dispersée sur une vaste partie du département, mais aussi sur un littoral très touristique et, lorsque les conditions de propagation deviennent favorables, des distances parfois étonnantes au-dessus de la Méditerranée. Par temps clair, Marseille est presque visible à l’œil nu !

Un berger au milieu des antennes
Le sommet réserve pourtant une surprise. Au milieu des pylônes, paraboles et installations techniques se dresse une étrange tourelle. Elle est l’œuvre de Manel de l’Albera, berger devenu figure légendaire du massif. Il ne savait ni lire ni écrire, mais connaissait chaque sentier, chaque source et chaque recoin de cette montagne qu’il parcourut toute sa vie. Il édifia dans les années 1880 une tour de pierres sèches d’environ quatre mètres, toujours debout aujourd’hui. Le contraste est saisissant. D’un côté, le monde pastoral, minéral. De l’autre, les pylônes, la télévision numérique, la FM, la téléphonie mobile et les faisceaux hertziens.

Plusieurs installations occupent le sommet. Le mât historique de TDF atteint 67 mètres ; un pylône de 32 mètres exploité par Towercast assure la diffusion de la TNT et de la radio FM. Notamment, France Inter, France Musique, France Culture, ICI Roussillon, Sud Radio et France Info avec une puissance de 10 kW chacune.
Et, clin d’œil à notre précédente étape, Sud Radio a donc changé de montagne. Elle émettait autrefois en ondes moyennes depuis l’Andorre avec les gigantesques 900 000 watts du Pic Blanc. Elle utilise aujourd’hui la FM depuis le Néoulous pour couvrir le Roussillon.
Si vous passez par les Albères, montez « au Néoulous ». Regardez vers Perpignan, à vos pieds. Puis tournez-vous vers Figueres et la baie de Roses. Entre les deux, cherchez la frontière. Vous aurez beaucoup de mal à la voir.
Sylvain Athiel, l’auteur de cet article pour Radiopub.fr a consacré sa carrière à la radio, notamment à Radio France et RTL, avant de diriger Sud Radio puis l’agence de presse audio A2PRL. Aujourd’hui président de l’École de Journalisme de Toulouse (EJT), il est l’auteur de L’Histoire secrète des grandes radios pyrénéennes (Privat, 2026), qui dévoile avec passion les aventures incroyables de Radio Toulouse, Radio Andorre et Sud Radio.

Crédits photos : Google Earth.
Jef Duplaix
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